
Avec ses looks décalés, Manzano n'est pas un organiste comme les autres. Formé dans les meilleurs conservatoires, cet organiste de métier est aussi un compositeur, qui n'hésite pas à mélanger tendances et cultures.
Sa démarche, proche de celle du violoniste Nigel Kennnedy, ne laisse personne indifférent. En concert, l'homme se fait aussi pédagogue : rencontre avec le public, invitation à "monter à la tribune" pour découvrir le concert "de l'intérieur", Manzano se donne sans ménagement pour la cause de l'orgue, vivant à cent à l'heure, dormant peu et travaillant beaucoup.
Ce soir, il nous a présenté, en avant première et en concert privé, son tout dernier opus : "Mer en ré mineur". Sur des textes de l'écrivain François Cassingena, Manzano a composé, écrit, arrangé, fouillé, cherché, et nous livre, après deux ans et demi de travail, un magnifique album, à la fois énergique, mystérieux, éminemment sensible, et laissant, parfois, un souffle de nostalgie planer. Pour assurer la narration des textes, Manzano a sollicité Youn, brillant slameur, capitaine de l'équipe de France de Slam, vainqueur, en 2006, du grand slam national à Nantes, et fondateur du groupe "Les triporteurs de mots".
Improvisateur mais également interprète, Manzano, par son jeu très personnel, se réapproprie les oeuvres, les dépoussière, et leur donne un coup de jeune. L'interprétation de ses "toccatas", notamment celle de Boëllmann qu'il a rebaptisé "qu'est ce que la mer ?", est un pur exemple du genre : un début très "pianissimo", un jeu "rubato" (libre) mais totalement maîtrisé, des pauses entre chaque phrases mélodiques, alors que rien, sur la partition, ne l'indique, tout cela constitue déjà un choix osé mais assumé. Ensuite, tout s'amplifie, se resserre, pour se conclure dans un déchainement de décibels, (sans compter les bruits d'orage mixés par dessus), avec une fougue et une énergie extraordinaires, et qui rafraichissent agréablement les oreilles.
Une technique sans faille (l'homme passe plusieurs heures par jour sur son instrument), une inspiration fertile, inventive, influencée par le cinéma (Tim Burton, John Williams, Barber), des concerts à guichets fermés en France, mais aussi en Italie, en Espagne et en Angleterre, tout cela fait de Manzano un organiste lumineux, flamboyant, en passe de réussir son pari : rendre l'orgue populaire.
A voir, à écouter, et à vivre.
"Ouest France"